Lors du Sommet mondial de 2002 pour le développement durable, Nick Hughes, de Vodafone, a présenté un exposé sur les risques.
Son objectif était ambitieux : convaincre les grandes entreprises d'aider les pays les plus pauvres en allouant des fonds à la recherche d'idées à haut risque et à fort potentiel de rendement.
Un fonctionnaire du Département pour le développement international du Royaume-Uni se trouvait dans l'assistance. Après la conférence, il aborda Hughes avec une proposition encore plus inhabituelle.
Le Département avait commencé à s'intéresser à l'usage du téléphone mobile et avait constaté que, dans certaines régions d'Afrique, les populations traitaient les minutes de téléphone comme une quasi-monnaie, les échangeant contre des biens et des services qui requéraient normalement de l'argent liquide. Ils y perçurent un potentiel et, surtout, disposaient d'un million de dollars à investir. Si Vodafone acceptait d'abonder les fonds à parts égales, le Département accepterait de financer un projet pilote.
L'emprunt étant l'un des problèmes les plus importants auxquels font face les personnes non bancarisées, l'idée initiale du projet pilote fut le microfinancement. Un microcrédit pour l'achat d'une vache, d'une moto ou d'une machine à coudre — c'est-à-dire les coûts de démarrage d'une petite entreprise — constitue souvent le début de la fin du cycle de pauvreté.
En donnant aux personnes un moyen de retirer et de rembourser leurs emprunts via le téléphone mobile, le Département soupçonnait qu'il serait possible de stimuler l'entrepreneuriat dans les pays qui en avaient le plus besoin.
Le résultat de cette collaboration fut le M-Pesa, lancé initialement au Kenya en 2007. Sans agences bancaires ni distributeurs automatiques, le M-Pesa s'appuie sur une technologie ancienne : les êtres humains.
Des agents individuels vendent du crédit téléphonique dans les marchés locaux, négociant des minutes contre de l'argent et vice versa. Les clients chargent ce crédit sur leur carte SIM et leur téléphone, transformant les minutes en argent, qui peut ensuite être envoyé à autrui par message texte.
Bien que les microcrédits aient été à l'origine de ce projet, ce sont les transferts de fonds qui lui ont conféré sa véritable puissance. La possibilité de transférer de l'argent sans frais bancaires a permis aux travailleurs citadins d'envoyer de l'argent à leurs proches en zone rurale — également appelés remises — économisant ainsi les 12 % prélevés par des sociétés telles que Western Union.
Huit mois après son lancement, un million de Kényans utilisaient le M-Pesa. Aujourd'hui, c'est presque l'ensemble du pays.
Selon une étude réalisée par le MIT, grâce au simple accès à des services bancaires de base, le M-Pesa a sorti 2 % de la population kényane — soit plus de 200 000 personnes — de l'extrême pauvreté.
Le M-Pesa fournit désormais des services bancaires à plus de 30 millions de personnes dans dix pays différents. Dans des régions marquées par la corruption, il est devenu un moyen pour les citoyens de se protéger contre les abus gouvernementaux.
Au Bangladesh, le bKash compte désormais plus de 23 millions d'utilisateurs. En Chine, Alipay en sert un milliard.
Et d'autres disruptions sont à venir. Restez à l'écoute.
Texte de Peter Diamandis


